sinistre

sinistre

1. sinistre [ sinistr ] adj.
• v. 1415; « contraire, défavorable » XIVe; senester « gauche » 1080; lat. sinister « qui est à gauche » (→ sénestre)
1Qui fait craindre un malheur, une catastrophe. funeste, mauvais, menaçant. Augure, présage sinistre. Sinistres prophéties. Bruits, craquements sinistres. effrayant.
Par ext. Qui, par son aspect, semble menaçant ou accablant. effrayant, funèbre, lugubre. « L'ombre autour d'eux s'emplit de sinistres clartés » (Hugo). (En parlant de l'apparence d'une personne) Vieilli Sombre et méchant, inquiétant. Mine, air sinistre. patibulaire. « Est-ce que vous me trouvez l'air sinistre ? [...] Eh bien ! si je vous fais peur, nous n'avons qu'à nous séparer » (Diderot).
2Littér. Malfaisant, dangereux par lui-même. « Les desseins les plus sinistres » (Madelin). Cour. (intensif) Un sinistre voyou, une sinistre crapule. sombre. Par ext. Un sinistre imbécile. triste.
3(Sens affaibli) Triste et ennuyeux. Paysage sinistre. « L'aspect de cette partie de plaisir était sinistre [...] Tout était languissant et triste » (Vigny). fam. glauque. Un air froid et sinistre. « Des confrères correctement sinistres, ainsi que le Baudelaire que j'ai entrevu une fois » (Goncourt ).
sinistre 2. sinistre [ sinistr ] n. m.
• 1485; it. sinistro, même o. que 1. sinistre
1Événement catastrophique naturel, qui occasionne des dommages, des pertes (incendie, inondation, naufrage, séisme, etc.). Se rendre sur les lieux du sinistre. « Le mauvais temps continue. On craint de nouveaux sinistres » (Maupassant).
2(1783) Dommages ou pertes subis par des objets assurés. Le remboursement des sinistres.

sinistre adjectif (latin sinister, qui est du côté gauche) Qui annonce un malheur, des événements funestes : De sinistres présages. Qui évoque le malheur, inspire de la crainte : L'expression sinistre d'un visage. Qui est mauvais, dangereux et dont on peut craindre le pire : Les sinistres conséquences d'une politique aventureuse. Qui est triste et ennuyeux : La soirée a été sinistre. Familier. Sert à renforcer un terme injurieux. : Une sinistre canaille.sinistre (synonymes) adjectif (latin sinister, qui est du côté gauche) Qui annonce un malheur, des événements funestes
Synonymes :
Qui évoque le malheur, inspire de la crainte
Synonymes :
- inquiétant
Qui est mauvais, dangereux et dont on peut craindre le...
Synonymes :
- épouvantable
Qui est triste et ennuyeux
Synonymes :
- funèbre
Familier. Sert à renforcer un terme injurieux.
Synonymes :
- fieffé (familier)
sinistre nom masculin (italien sinistro, malheur) Fait dommageable pour soi-même ou pour autrui de nature à mettre en jeu la garantie d'un assureur (incendie, accident de la circulation, etc.). Événement catastrophique qui entraîne des pertes importantes : Les pompiers ont réussi à maîtriser le sinistre.

sinistre
n. m.
d1./d Catastrophe qui cause des pertes considérables.
d2./d DR Tout fait qui entraîne une indemnisation. Règlement d'un sinistre.
————————
sinistre
adj.
d1./d Qui fait craindre quelque malheur. Un sinistre présage.
d2./d Qui par son aspect fait peser un sentiment d'effroi ou d'accablement. Une ombre sinistre.
(Sens affaibli.) Triste; qui fait naître l'ennui. Cette soirée était sinistre.
d3./d Méchant, pernicieux. Un sinistre individu.

I.
⇒SINISTRE1, adj.
A. — 1. Qui apporte, qui donne la mort; que la mort accompagne. Synon. funeste, mortel, néfaste. Sinistre destinée, renom. Les soldats étaient las de tuer; aucun ne se présenta pour la sinistre besogne (ZOLA, Fortune Rougon, 1871, p. 307). En ces cantons la vipère pullule, et de sinistres accidents y arrivent aux voyageurs (POURRAT, Gaspard, 1925, p. 113):
... j'ai réfléchi au profond mystère que représente la guerre, qui m'est apparue comme une sorte de jeu sinistre auquel l'humanité a besoin de se livrer de temps à autre, le jeu de la violence et de la mort, quelque chose de comparable à un appétit de malheur, à un irrésistible besoin de souffrir pour rétablir je ne sais quel équilibre dont nous ignorons les lois.
GREEN, Journal, 1941, p. 119.
Loc., rare. À mains sinistres. Avec des mains qui donnent la mort. [Dans la mêlée,] ces rudes laboureurs se débarrassèrent de leurs fusils et se mirent à tuer avec leurs mains (...) C'est à mains sinistres qu'ils combattirent (D'ESPARBÈS, Bris. fers, 1908, p. 206).
♦ [P. méton.] Dates sinistres; sinistre nouvelle. Voici les meubles sots, poudreux, écornés: la cheminée sans flamme et sans braise, (...): l'almanach où le crayon a marqué les dates sinistres! (BAUDEL., Poèmes prose, 1867, p. 28). Une grave nouvelle, une nouvelle sinistre. M. Brun vient de se noyer (PAGNOL, Fanny, 1932, II, 7, p. 140).
Lieu sinistre. Lieu de mort, où la mort a frappé. Il revit (...) le laboratoire dévasté, taché de sang, et le souvenir implacable de cette pièce sinistre amena avec lui, un à un, les souvenirs cruels de sa vie (ZOLA, M. Férat, 1868, p. 92). Dans l'une des rues basses qui encerclent le Palamède [à Nauplie], j'ai visité la sinistre église. Sous son portail, le président Capo d'Istria fut assassiné (BARRÈS, Voy. Sparte, 1906, p. 162).
Spéc., vieilli
ASTROL. Aspect sinistre. ,,Aspect des astres annonçant des événements funestes`` (Ac. 1798-1878). Synon. maléfique. [P. méton.] Il ne savait pas cela, l'homme à la sinistre étoile! (DUMAS père, Intrigue et amour, 1847, V, 2, p. 289).
CHIROM. Ligne sinistre. ,,Ligne qui présage des malheurs`` (Ac. 1798-1878).
2. Qui fait craindre un malheur, une catastrophe. Rêve sinistre; idées, prédictions, prophéties sinistres. J'ai fait un songe cette nuit, Sinistre, et dont l'horreur profonde me poursuit (PONSARD, Lucrèce, 1843, IV, 1, p. 70). Désespéré, mais n'écoutant que son devoir, il s'embarqua aussitôt, le cœur plein de sinistres pressentiments, pour rejoindre l'armée (GROUSSET, Croisades, 1939, p. 301).
Sinistres auspices. Signes qui annoncent quelque chose de mauvais. Cet être dont les destinées n'ont que trop évidemment justifié les sinistres auspices sous lesquels il a paru sur la terre! (CRÈVECŒUR, Voyage, t. 1, 1801, p. 15).
[En parlant d'un oiseau tel que le corbeau, la chouette] Mon destin n'avait pas, (...) Sondé les profondeurs blêmes du désespoir, Et, corbeau funéraire au fond d'un vieux manoir, Sinistre suzerain des demeures désertes, (...) Vous m'aviez abusé, mes pleurs avaient menti (DIERX, Lèvres closes, 1867, p. 210).
Loc. À sinistre présage, de sinistre augure. La bague de la Sainte Vierge Marie (...) était sortie de son reliquaire sans que personne l'eût touchée, et avait roulé plus d'une demi-heure par terre sans s'arrêter; ce que beaucoup de gens interprétaient à sinistre présage (BARANTE, Hist. ducs Bourg., t. 2, 1821-24, p. 62). Voilà qui est fatal pour l'avenir: (...) et ce malheureux Boulot est mort en prison! Tout cela est de sinistre augure; le destin me conduira en prison (STENDHAL, Chartreuse, 1839, p. 61).
B. — Qui par son aspect ou son expression engendre un sentiment accablant de malaise, et d'inquiétude.
1. Qui fait peur. Synon. effrayant, horrible. Cri, crime, éclat de rire, impression, parole, regard, scène sinistre. C'était ce visage sinistre qui la poursuivait depuis si longtemps, cette tête de démon (...), cet œil qu'elle avait vu pour la dernière fois briller près d'un poignard (HUGO, N.-D. Paris, 1832, p. 372). Le faux nègre montrait sa face noire sur le seuil et cette seconde apparition, plus sinistre encore, acheva de glacer d'effroi la jeune fille (PONSON DU TERR., Rocambole, t. 3, 1859, p. 452). Malheureusement il courait des bruits sinistres, des potins de terreur (ARNOUX, Rhône, 1944, p. 20).
2. Lugubre, ténébreux, désespéré. Synon. noir. Caractère, effet, humeur sinistre; œuvre, tableau sinistre. Weber (...) dans les vieux instruments (...) trouva la note sinistre, ténébreuse, étrangère à l'art idéalement humain de Beethoven (GEVAERT, Orchestr., 1885, p. 7). Tout est fait, dans cette machine infernale, pour l'explosion du dernier acte, qui est splendide, et où à force de révélations mystérieuses, de confessions interrompues, de prison, d'assassinats au couteau, de trahisons, de soupçons, finit par monter de la scène une poésie sinistre, la poésie du mauvais goût, du mélodrame et du roman noir (BRASILLACH, Corneille, 1938, p. 247).
C'est sinistre (!). Pas d'enfants, peu d'amis, le succès qui se dérobe, peut-être plus d'argent: c'est sinistre (RENARD, Journal, 1908, p. 1158).
Empl. subst. masc. sing. à valeur de neutre. Girardin nous a demandé à venir, à cause de son deuil, à la répétition. Il y avait en lui le sinistre d'une vraie douleur dans sa maigreur, son décharnement, sa tête de mort à pince-nez, son petit manteau de pleureur pauvre (GONCOURT, Journal, 1865, p. 222).
C'est d'un sinistre! C'était d'un sinistre, cette maison comme éclaboussée de sang, un échaudoir ou un coupe-gorge! (LORRAIN, Sens. et souv., 1895, p. 97).
P. exagér. Triste et désolé. Forêt, lune, maison, pays, paysage, pluie, région sinistre; rues sinistres. Le Jura était noir et sinistre comme en novembre; il semblait un cercueil et l'idée me vint que je n'en reviendrais pas (AMIEL, Journal, 1866, p. 384). Le Jardin des Plantes était sinistre. Pas une âme dans les allées. Des feuilles mortes pourrissaient en petits tas cubiques (DRUON, Gdes fam., t. 1, 1948, p. 188).
C. — 1. Vieilli. Méchant, pernicieux. Apparence, mine sinistre; desseins sinistres. Je crus deviner les projets sinistres de Don José, et cependant j'hésitais encore à y croire (...) était-il bien capable de devenir fratricide? (PONSON DU TERR., Rocambole, t. 4, 1859, p. 158).
Avoir la physionomie sinistre, avoir l'air sinistre. ,,Avoir dans la physionomie, dans l'air du visage quelque chose de sombre et de méchant`` (Ac.).
2. [Avec un sens affaibli] Ennuyeux ou/et triste à mourir. Soirée sinistre. Employés des grands ministères, vous devez lire chaque matin sur la porte de la sinistre prison (...): « Laissez toute espérance (...)! » (MAUPASS., Sur l'eau, 1888, p. 324). Je n'écris pas pour m'excuser d'avoir été sinistre malgré le vermouth et votre accueil réconfortant. Vous avez dû le comprendre, j'étais encore anéantie par le pneumatique de la veille (BEAUVOIR, Mém. j. fille, 1958, p. 355).
3. [Antéposé devant un n. de pers.] Dangereux, odieux. Sinistre crapule, farceur, individu, voyou. Vargas, le secrétaire du Conseil, un sinistre coquin chassé d'Espagne pour le viol d'une jeune fille dont il était le tuteur, et qui travaille à s'enrichir ici par la confiscation et le vol (SARDOU, Patrie! 1869, I, 1er tabl., 2, p. 15). J'ai encore réfléchi qu'en mon âme la plus profonde j'approuvais les sinistres égorgeurs de 93. Non pas, grand dieu, dans leurs actes, mais dans leur élan (BARRÈS, Cahiers, t. 2, 1901, p. 202).
Prononc. et Orth.:[]. Homon. et homogr. sinistre2. Att. ds Ac. dep. 1694. Étymol. et Hist. 1. XIIIe s. « gauche » (Gloss. lat.-fr., Richel. l. 8426 ds GDF., s.v. senestre) — 1539, Bat. jud., ibid., rare; 2. 1412 « malveillant, défavorable » (N. DE BAYE, Journal, éd. Tuetey, t. 2, p. 43); av. 1520 « mauvais, malhonnête » (SEYSSEL, Hist. de Louis XII, p. 98 ds HUG.: moyen sinistre [utilisé pour parvenir au pouvoir]); 1559 « mauvais, funeste » (AMYOT, Périclès, éd. L. Clément, p. 35: sinistre accident); 3. 1559 « annonciateur de malheur » (ID., ibid., p. 56: sinistre et dangereux presage); 4. 1690 « qui inquiète, qui inspire l'effroi » (FUR.: Cet homme a quelque chose de sinistre sur le visage); 1775 « id. » d'un lieu (Abbé Ph. GIRARD, Le Comte de Valmont, p. 109). Empr. au lat. sinister « gauche » (cf. senestre) et « malheureux, fâcheux, perfide, funeste ».
II.
⇒SINISTRE2, subst. masc.
A. — Catastrophe naturelle qui engendre des dégâts importants. Sinistre d'une inondation, d'un tremblement de terre, de la sécheresse. Toulouse a été abîmé dimanche par un orage terrible. Je crains toujours d'apprendre quelque sinistre pour nos vignes. Arsène en a éprouvé un fâcheux: le tonnerre lui a tué quatre bœufs dans l'écurie (E. DE GUÉRIN, Lettres, 1846, p. 492). Le froid qui plus tard [après la bataille de la Moskowa] assaillit l'armée française, ne fut qu'un sinistre de plus dans un désastre aux trois quarts accompli (PROUDHON, Guerre et paix, 1861, p. 266).
B. — Tout autre type de catastrophe. Sinistre d'un accident d'avion, de train, de voiture. Ce qui ameutait encore la curiosité autour du Bonheur des Dames, c'était un sinistre dont Paris entier causait, l'incendie des Quatre Saisons (ZOLA, Bonh. dames, 1883, p. 764). Du temps où elle était en bois, New-York a conservé la phobie de l'incendie. (...); à chaque pas, un poste d'alarme et des bouches à eau (...); les pompiers arrivent sur les lieux du sinistre quarante secondes après l'alerte (MORAND, New-York, 1930, p. 214).
P. iron. Il m'arrive un sinistre, Un ordre de dîner ce soir chez le ministre (AUGIER, Gabrielle, 1850, p. 331).
DR., ASSUR. Dommages ou pertes qui surviennent à un assuré par suite d'incendie, inondation, naufrage, accident, etc. Évaluer, payer le sinistre; déclaration d'un sinistre; bureau, département des sinistres. L'assuré doit déclarer le sinistre à l'assureur dès qu'il en a eu connaissance et, au plus tard, dans les cinq jours, sous peine de déchéance. La preuve du sinistre incombe à l'assuré (CIDA 1973).
Sinistre majeur. ,,Sinistre d'une gravité exceptionnelle qui donne ouverture au délaissement en matière d'assurance maritime`` (CAP. 1936).
Prononc. et Orth.:[]. Homon. et homogr. sinistre1. Att. ds Ac. dep. 1835. Étymol. et Hist. 1. 1485 « grave accident, événement très fâcheux » (Lettres de Charles VIII, éd. Pélicier, t. 1, p. 60 ds BARB. Misc. 23, n ° 29); 1557 (Négociations dans le Levant, t. 2, p. 408, ibid.), attest. isolées; 2. 1783 « perte, dommage subi par un objet assuré » (EMERIGON, Traité des Assurances, t. 1, p. 359 ds BRUNOT t. 6, p. 364); 3. 1834 « malheur, mauvaise nouvelle » [en it. ds le texte] (M. DE GUÉRIN, Corresp., p. 185); 1842 « accident, cata-strophe » (MOZIN-PESCHIER). Empr. deux fois (1 et 2) à l'ital. sinistro « malheur » (dep. XIVe s. d'apr. DEI), subst. de l'adj. sinistro (sinistre1).
STAT.Sinistre1 et 2. Fréq. abs. littér.:2 114. Fréq. rel. littér.:XIXe s.: a) 2 546, b) 4 826; XXe s.: a) 3 555, b) 2 093.
BBG. — HOPE 1971, p. 50.

1. sinistre [sinistʀ] adj.
ÉTYM. V. 1415; senester « gauche », 1080, Chanson de Roland; « contraire, défavorable », XIVe; lat. sinister « qui est à gauche » (→ Senestre), à cause de l'interprétation des auspices, où la gauche est défavorable.
1 Didact., littér. Qui fait craindre un malheur, une catastrophe. Funeste (2.), mauvais (II., 1.), menaçant. || Augure (2. Augure, cit. 1), présage (→ Hurlement, cit. 1) sinistre. || Sinistres prophéties (→ Fulminer, cit. 8). || Le corbeau, les chouettes (→ Potence, cit. 3), oiseaux sinistres, de mauvais augure.Bruits, craquements sinistres. Effrayant.
Cour. Qui, par son aspect, semble menaçant ou simplement accablant. Effrayant, funèbre, lugubre. || La tombée des nuits devenait sinistre (→ Désolation, cit. 2). || « L'ombre autour d'eux s'emplit de sinistres clartés ». → Étincelle, cit. 2, Hugo (cet adj. est fréquent chez Hugo, où il a une valeur proche de sombre, terrible : → Reculer, cit. 5; rêverie, cit. 10; 1. roc, cit. 1). || Un silence sinistre (→ Catacombe, cit. 5).
1 L'aspect de cette partie de plaisir était sinistre; l'approche de l'hiver avait fait tomber presque toutes les feuilles des grands chênes du parc; et les branches noires se détachaient sur un ciel gris comme les branches des candélabres funèbres; un léger brouillard semblait annoncer une pluie prochaine; à travers le bois éclairci et les tristes rameaux, on voyait passer lentement les pesants carrosses de la cour, remplis de femmes vêtues de noir uniformément (…) les meutes donnaient des voix éloignées, et le cor se faisait entendre quelquefois comme un soupir (…) Tout était languissant et triste.
Vigny, Cinq-Mars, XIX.
2 Sur ce géant, grandeur jusqu'alors épargnée,
Le malheur, bûcheron sinistre, était monté (…)
Hugo, les Châtiments, V, XIII, I.
(XIXe). Par exagér. Triste et désolé. || Ce petit préau sinistre (→ Entamer, cit. 6). || Paysage sinistre. Fam. || Leur réception était sinistre, triste, ennuyeuse.
2 a (1725). Vieilli (en parlant de l'apparence d'une personne). Sombre et méchant, inquiétant. || Air, apparence, mine sinistre. Patibulaire. || Sa prunelle sinistre (→ Correcteur, cit. 2). || Regard sinistre.
3 — Je surprends vos yeux attachés sur mon visage; est-ce que vous me trouvez l'air sinistre (…) Eh bien ! si je vous fais peur, nous n'avons qu'à nous séparer.
Diderot, Jacques le fataliste, Pl., p. 539.
b (Sens affaibli). Triste et ennuyeux. Sombre. || Un air froid et sinistre. || C'est un homme de grande valeur, mais il est un peu sinistre. Grave, sévère, triste.
4 (…) je me trouvais mêlé, dans une grande salle, à des confrères tondus comme des aspirants à la guillotine, aux mains exsangues, esthétisant prétentieusement, le monocle dans l'œil, — des confrères correctement sinistres, ainsi que le Baudelaire que j'ai entrevu une fois.
Ed. et J. de Goncourt, Journal, 3 oct. 1876, t. V, p. 218.
3 Littér. Malfaisant, dangereux par lui-même (et non en tant que signe). || Un sinistre avenir (→ Menacer, cit. 8). || Les desseins les plus sinistres (→ Conspiration, cit. 2).
5 Qu'ils mettent ce malheur au rang des plus sinistres.
Racine, Britannicus, V, 6.
4 (1886, Bloy). Avant le nom, cour. (intensif). || Un sinistre voyou (→ Naufrageur, cit.), une sinistre crapule. Dangereux, pernicieux, sombre.Un sinistre imbécile. Triste. || Une sinistre farce (2. Farce, cit. 6 et 8). Macabre, mauvais.
DÉR. Sinistrement, sinistrose.
HOM. 2. Sinistre.
————————
2. sinistre [sinistʀ] n. m.
ÉTYM. 1485; ital. sinistro, même orig. que 1. sinistre.
1 Événement catastrophique, naturel (causé par les éléments, les intempéries) qui occasionne des dommages, des pertes (incendie, inondation, naufrage, tremblement de terre, etc.). → Flamboiement, cit. 3; malveillance, cit. 4. || Le sinistre a fait des morts, des blessés, des sans-abri.
6 (…) un sinistre dont Paris entier causait, l'incendie des Quatre Saisons, le grand magasin (…) Les journaux débordaient de détails : le feu mis par une explosion de gaz (…) Du reste, les pertes énormes se trouvaient couvertes (…)
Zola, Au Bonheur des Dames, XIV.
Par ext. Drame, catastrophe.
6.1 Parce que tu as été malheureux avec ta femme, tu vois des sinistres partout… Le fait est qu'on doit passer un mauvais quart d'heure quand on découvre la chose…
E. Labiche, Célimare le bien-aimé, I, 3 (1925).
2 (1783). Dommages ou pertes subis par des objets assurés; fait dommageable dont un assuré réclame l'indemnisation. || Évaluer, payer le sinistre. || Déclaration des sinistres.Dossier d'assurances concernant un sinistre. || « Rédacteur sinistres » (dans les offres d'emploi).
7 — Pardon, monsieur, pourriez-vous me dire où il faut s'adresser pour faire rembourser les objets brûlés ? Il répondit avec un timbre sonore : — Premier, à gauche, au bureau des sinistres. Ce mot l'intimida davantage encore (…)
Maupassant, les Sœurs Rondoli, Le parapluie.
DÉR. Sinistré. V. Sinistralité.
HOM. 1. Sinistre.

Encyclopédie Universelle. 2012.

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